Des Nouvelles du Peak-Oil

Les choses se précisent concernant l’évolution de la production de pétrole. Voici quelques informations, avec leurs sources: 

  • Dans son dernier rapport paru fin 2018, l’AIE (Agence Internationale de l’Energie)  confirme que la production mondiale de pétrole conventionnel (près des 3/4 de la production totale de pétrole) « a franchi un pic en 2008 à 69 millions de barils par jour (Mb/j), et a décliné depuis d’un peu plus de 2,5 Mb/j ».   
  • Dans ce même rapport, l’AIE estimait que « Le risque de resserrement de l’offre est particulièrement prégnant pour le pétrole. Ces trois dernières années, le nombre moyen de nouveaux projets approuvés de production de pétrole conventionnel ne représente que la moitié du volume nécessaire pour équilibrer le marché jusqu’en 2025, compte tenu des perspectives de demande du scénario « Nouvelles politiques ». Il est peu probable que le pétrole de schiste prenne le relais à lui seul. Nos projections prévoient déjà un doublement de l’offre de pétrole de schiste américain d’ici 2025, mais celle-ci devrait plus que tripler pour compenser le manque persistant de nouveaux projets classiques. » 

    En d’autres termes, si l’offre de pétrole de schistes ne triple pas aux USA, on atteindra rapidement le pic de production « tout liquide ».
    Cette analyse est reprise et corroborée par d’autres sources. Voir par exemple le Wall Street Journal évoquant le « looming oil crunch ».  (« imminence de l’effondrement du pétrole »)
  • Et justement, la production de pétrole de schiste, loin de tripler, a cessé de croître.  La productivité stagne, la majorité des sociétés perdent des quantités astronomiques d’argent
    Beaucoup d’analystes commencent à être inquiets (lire aussi cet article publié hier). Certains pensent, ou veulent croire, qu’une 3° vague de pétrole de schiste va arrive , grâce à de nouvelles techniques de récupération, mais rien n’est sûr.  
    C’est la principale source d’incertitude, et elle est importante. Mais ça ne change rien sur le fond: un jour ou l’autre, les réserves vont passer un pic. C’est mathématique.
  • De leur côté, les Russes ont faut savoir qu’ils atteindront leur pic de production en 2021  ; Le patron d’Aramco (Arabie Saoudite) prévoit, lui, un risque d’effondrement de la production prochainement.  Le patron de Total, de son côté, prévoit des problèmes d’approvisionnement dès 2020.
    On peut penser qu’ils  forcent le trait pour qu’il y ait plus d’investissements ou faire monter les cours. Ou pas. C’est en tout cas en phase avec ce qu’on sait par ailleurs..
  • Jamais le niveau de découvertes de nouveau réservoir de pétrole n’a été aussi faible. En 2018, pour 6 barils de pétrole consommés, 1 seul a été trouvé pour les remplacer . On découvre depuis des années qu’une fraction de ce qu’on consomme, et ça s’aggrave.  Ça finira bien par avoir un impact.
  • Aucun pays en dehors des USA n’a réussi à exploiter les pétroles de schistes. Il faut en effet que beaucoup de choses soient réunies: une géologie favorable, de la technologie, beaucoup d’eau, une infrastructure routière dense, de l’expertise, des conditions réglementaires favorables (droit au sol,…), et beaucoup, beaucoup d’argent sans garantie de bénéfice. On ne voit pas ce qui pourrait changer d’ici 2030.
  • Du coup, on voit de plus en plus de projection avec un pic de production « tout liquide » vers 2025 – 2030. Voici par exemple ce qu’on trouve dans l’Energy Outlook 2019 de la société  de certification norvégienne DNV-GV (source)
  • Notez que le pic de production du gaz arrive quelques années après. En Europe, il est passé, et en conséquence on en importe de plus en plus (c’est pour cette raison qu’on construit des terminaux méthaniers, des  gazoducs, ….).  Pour combien de temps? 
  • Le pic de la production de pétrole et de gaz  est déjà une réalité pour des pays comme l’Algérie, à quelques km de l’Europe. Avec une population en croissance et des millions de jeunes au chômage, on peut s’attendre à de sérieux troubles.
    Le pic de production du pétrole est aussi une cause majeure de l’effondrement du Venezuela (article recommandé).
  • Même si le pic de production de pétrole est après 2030, il se peut tout de même qu’on ait de sérieux problèmes avant.  Par exemple, le pétrole de schistes américain est très léger, et ne convient pas directement pour faire de l’essence.
    Il y a aussi les EROI qui deviennent de plus en plus faibles.  Ils faut de plus en plus d’énergie pour extraire du pétrole. Nous approchons de la zone où l’énergie nette (celle disponible pour la société) s’approche de la falaise:
  • Si on a un crise énergétique d’ici 10 ou 15 ans, il est peu probable qu’on puisse trouver les financement gigantesque, et l’énergie, pour exploiter les zones difficiles d’accès et dont l’EROI est faible, comme l’Arctique ou l’offshore profond.
  • Le pétrole représente 40% de l’énergie consommée en Europe. Mais face aux USA et à la Chine, il n’est pas du tout évident que nous continuerons à pouvoir nous approvisionner en pétrole (et en gaz) quand les tensions se feront plus importantes.
  • Si ces projections sont justes, c’est une bonne nouvelle pour le climat: moins de pétrole signifie des crises économiques et des récessions, donc moins d’émissions de CO2.

    C’est par contre un sérieux risque pour nos démocratie, si on ne s’y prépare pas.

Une réflexion sur « Des Nouvelles du Peak-Oil »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.