Interviews sur Ecologie et Nucléaire …

Mise à jours de septembre 2020: Tribune dans l’EnerGeek « L’urgence climatique amène les écologistes anti-nucleaires à revoir leurs priorités« 

La question du nucléaire intéresse de nouveau les journalistes français. Tant mieux!
J’ai été interviewé récemment par :

Sur ce dernier article, le journaliste a mal repris mes propos, et je n’ai pas pu relire.
Voici le SMS que je lui ai envoyé:

Dommage que vous n’ayez pas repris mon argument sur le fait que le problème des déchets n’était en rien lié à la sortie du nucléaire (on en a dès qu’on y entre).
IL Y A UNE ERREUR concernant la contextualisation de mes propos. Ma phrase ne se rapporte PAS au fait que la production nucléaire est continue, mais au fait que le nucléaire (avec surgénération) sera la seule énergie pérenne, susceptible de croître en Europe quand on aura dépassé le pic de production du pétrole et du gaz, ce qui ne devrait arriver d’ici 10 à 20 ans pour le pétrole. Des capteurs PV ou éoliennes largement importés ne peuvent pas être une alternative, et de loin. Pourriez-vous rectifier?
Par ailleurs, vous ne mentionnez pas le fait que, du fait du non-découplage entre énergie et PIB, une sortie du nucléaire avec réduction par 4 dans émissions de CO2 requiert une forte baisse du PIB (2 à 3% par an pendant 20 ans). C’est pourtant un argument important pour les écologistes pronucléaires (qui ne sont pas des lobbyistes). Il ne sont pas, pour ce que je connais, favorables à la croissance comme l’affirment les 3 dernières personnes que vous citez, mais à une limitation du taux des récessions à venir.

Le Peak-Oil « tout liquide” est-il passé?

La chute de la demande de pétrole du fait des conséquences de Covid-19 a masqué un évènement important:  le pic de production de pétrole a été atteint plus d’un an avant la pandémie Plus précisément, le maximum de production de pétrole liquide (crude + condensate dans le jargon pétrolier) a été atteint en novembre 2018.

Voici la courbe, construite à partir des données de l’IAE:

Source du diagramme:  : http://peakoilbarrel.com/  
Source primaire:  International Energy Statistics. Petroleum and other liquids. Data Options.

Les causes sont avant tout géologiques: le pic de production du pétrole conventionnel a eu lieu en 2008, et de plus de pays avaient leur production qui baissait depuis:


Quand aux USA, la production aux USA commençait à se tasser depuis quelques années, dans tous les bassins sauf le Permien:


Depuis plusieurs années, des analystes estimaient que le pic de production aurait lieu avant 2030. Voici par exemple les estimations de l’AIE dans son rapport de 2019 , selon les hypothèses « stated based policy » (diagramme  construit par l’APSO):

 On trouve ce même genre d’analyse dans un rapport publié en 2019 par le « Geological Survey of Finland« . Lire aussi mon article de l’an dernier pour d’autres sources. 

Ces données ont été largement reprises par les journaux américains comme le WSJ ou Bloomberg, qui parlent depuis plusieurs années de « supply crunch »  (effondrement de la production).  En France, des chercheurs de l’Institut Français du Pétrole avaient fait une analyse similaire en 2019 intitulée “Is the oil industry able to support a world that consumes 105 million barrels of oil per day in 2025?”  . Des Think Tanks font aussi la même analyse – voir par exemple  Matthieu Auzanneau du Shift Project (qui a eu accès récemment à des données de production de société d’intelligence économique spécialisée, confirmant ses analyses).

Covid-19 est un accélérateur.  D’une part, il a conduit à une baisse de la demande, qui devrait rester plus faible qu’en 2019 pendant 2 à 3 ans.  D’autre part, il a eu un impact sur les capacités des productions, dont certaines se dégradent si elles ne produisent pas assez . Enfin, il a encore plus fragilisé les producteurs de pétrole, en particulier ceux aux USA.  La plupart n’avaient jamais dégagé de cash-flow, et elles auront de plus en plus de mal à trouver des financements. 

Avec la plupart des pays ayant atteint leurs pics de production, on ne voit pas où sont les réserves de pétrole qui seraient exploitables dans les 20 ans à venir pour relancer fortement la production.  Et ce, d’autant plus que les conséquences de la baisse des EROI vont rendre les investissements de moins en moins rentables, financièrement et énergétiquement.

Certes, il y a des reserves importantes en Iraq et en Libye, mais ces pays ne pourront pas augmenter rapidement la production dans les prochaines années, compte tenue de la situation politique. L’Arabie Saoudite doit encore avoir quelques capacités de production de reserve, mais pas tant que ça. La Russie a dit que leur pic de production serait en 2021. Les Etats Unis peuvent sans doute continuer à faire tourner la planche à biller pour financer l’extraction non rentable de leur pétrole, mais c’est probablement les seuls à pourvoir faire ça, et arrivera un moment où ça ne suffira pas.

Pendant ce temps, on continue d’extraire, beaucoup

Il est donc très probable que la relance économique suite au Covid-19 butera assez rapidement sur une crise pétrolière. Pour peu qu’elle soit sévère, ce pourrait être une bonne nouvelle pour le climat.

Covid – La dernière chance

-6% à -8% ! Telle pourrait être la baisse des émissions de CO2 dans le monde en 2020. Du jamais vu ! Ce que 40 ans de conférences internationales sur le climat n’ont pas réussi à faire, un minuscule virus l’a fait.

Jusqu’ici, les nouvelles étaient mauvaises. Les scientifiques sont de plus en plus alarmistes concernant les conséquences du réchauffement climatique. Leurs modèles et de nouvelles mesures montrent de plus en plus de boucles de rétroaction positive qui accélèrent le réchauffement, et les effets de celui-ci. On sait que des zones où vivent des milliards d’êtres humains vont devenir invivables, ou avoir une production alimentaire très dégradée, ou soumises à des phénomènes météorologiques catastrophiques. C’est en milliards de victimes, disent les scientifiques, que vont se compter chaque degré en plus de réchauffement climatique.

Mais rien ne changeait. Aux États-Unis, au Brésil et dans d’autres pays, les populistes au pouvoir ont abandonné toute protection de l’environnement. Presque partout ailleurs, les dirigeants politiques ont de beaux discours, mais ne font guère mieux. Dans les priorités des gouvernements, le climat passe après la croissance, le pouvoir d’achat, les retraites ou la sortie du nucléaire. Tous espèrent une « croissance verte », où le PIB pourrait augmenter et les émissions de CO2 baisser en même temps. Mais c’est une utopie : depuis 50 ans, pour chaque point de PIB gagné au niveau mondial, il y a eu 0.6% en plus de CO2, et ce ratio ne s’améliore pas.

C’est cette activité économique tant voulue, tant recherchée que le coronavirus chamboule complètement, et durablement. Nous n’allons pas rentrer dans les détails, tant cette histoire est racontée par les médias. Le point important est que les émissions de CO2 baissent parce que l’activité économique baisse aussi, pratiquement en proportion, et ce bien plus que n’ont pu le faire toutes les initiatives telles que les mécanismes de quotas, les accords de Kyoto et autres régulations . Beaucoup de mesures pour réduire les émissions sont récessives, elles freinent l’activité économique, et c’est pour ça que les gouvernements sont aussi frileux que possible pour les appliquer. Mais le coronavirus n’a que faire de nos états d’âme et notre propension à minimiser les risques lointains.

Avec cette épidémie, l’espoir renait que nos petits-enfants puissent vivre sur une planète pas trop ravagée par les conséquences du réchauffement climatique. La condition en effet est que l’augmentation maximum d’ici à 2100 soit inférieure à deux degrés, et, pour cela, il faut que les émissions planétaires baissent de 4% par an. Un Covid supplémentaire tous les 2 ans, et c’est gagné !

Bien sûr, les gouvernements vont essayer, et c’est compréhensible, de tout faire pour relancer la machine économique, arrêter l’hémorragie des emplois, faire rentrer des recettes fiscales pour satisfaire les demandes des populations. De leur côté, les partis « de gauche » et « écologistes » voudront infléchir vers un mode moins carboné, mais peu sont prêts à expliquer aux électeurs que cela passe par une réduction du PIB, donc des retraites, du pouvoir d’achat ou des budgets pour les hôpitaux. Aucun n’est prêt à admettre que, de facto, la « société post-croissance » est une une société en récession.

Mais ces tentatives, qui peuvent fonctionner un moment, seront probablement vaines. D’une part, même si des traitements sont trouvés relativement rapidement (ce qui est loin d’être sûr ), les conséquences de la crise sanitaire seront longues et il y aura tout un tas de réactions en chaîne qui feront se réduire l’activité de nombreux secteurs économiques. D’autre part, et c’est sans doute le plus important, nous touchons des limites physiques de la planète, en particulier concernant le pétrole. Nous avions atteint le pic de production du pétrole conventionnel en 2008, et l’essentiel de l’augmentation depuis était dû au pétrole de schiste américain. Or la production de celui-ci commençait à s’infléchir depuis quelques années, pour des raisons géologiques. En conséquence, le maximum de production de pétrole, tout liquide, a été atteint en novembre 2018. Le coronavirus accélère cette décroissance de la production pétrolière, car en détruisant la demande, il détruit aussi une partie des moyens de production, du fait des faillites, réduction des investissements et dégradation des infrastructures sous-utilisées.

Trump aura beau mettre des milliards, l’industrie pétrolière ne pourra plus atteindre le niveau d’avant-crise, et la production va baisser, inéluctablement. Certes, on aura des rebonds, et les états vont faire tout leur possible pour produire de l’énergie par d’autres moyens – on le voit par exemple actuellement en Chine, qui relance massivement la construction de centrale au charbon. La croissance va repartir, un certain temps, dans certaines zones, mais elle sera bloquée à un moment ou un autre par la contrainte pétrolière – un peu comme cela a eu lieu avec les chocs pétroliers de 1973, 1979 et 2018. Sauf que, cette fois, la géologie limitera nos velléités à ce que le monde continue comme avant. Et il ne faut pas compter sur les énergies renouvelables, le nucléaire ou l’exportation des réserves de l’arctique – les ordres de grandeur n’y sont pas. La décroissance énergétique est inévitable – tout au plus peut-on la limiter et éviter un crash trop brutal.

Certes les conséquences sociales de ces crises dans les prochaines décennies vont probablement être terribles, et pourraient conduire à des régimes autoritaires, des guerres, des millions de réfugiés. Il eût mieux valu que le Monde prenne une autre direction, par exemple après le rapport Meadows sur les limites de la croissance. Il eût été préférable qu’on développe une vision de la prospérité qui ne soit pas basée sur le pouvoir d’achat et la croissance du PIB, qu’on réduise les inégalités dans le monde, qu’on sorte des énergies fossiles avant d’y être forcé. On aurait mieux fait de limiter le libre-échange et la financiarisation de l’économie, et d’intégrer le coût réel des externalités écologiques de nos activités productrices.

Mais on ne l’a pas fait, et il n’est plus temps de changer sans douleur, de trouver des solutions technologiques etc. Pour citer Churchill, « le temps de la procrastination, des demi-mesures, de l’apaisement des craintes, des expédients déconcertants et des délais touche à sa fin. Nous voici à l’aube d’une période de conséquences » . Face au risque croissant d’emballement du climat, ce coronavirus, associé au pic de production de pétrole, va nous contraindre de changer nos modèles économiques et nos modes de vie, et, peut-être, de réussir ce que nous n’avons pas réussi à faire depuis 40 ans : faire baisser fortement les émissions de CO2. Ce pourrait être une chance pour que nos petits-enfants héritent d’une planète vivable. Ce n’est pas rien. Pour paraphraser Hans Jonas, nous sommes obligés « d’agir de façon à ce que les conséquences de nos actions soient compatibles avec la persistance d’une vie humaine sur Terre« . Jonas parlait d’une « vie authentiquement humaine » – c’est à nous de faire qu’il en soit ainsi.

Car cette chance, il faut la mettre à profit. La vie de millions de personnes va être chamboulée par les récessions à venir, avec de fortes montées du chômage et de l’austérité. Mais ça serait arrivé sans Coronavirus. Celui-ci est un accélérateur, bienvenu au regard de l’urgence climatique. Surtout, ces mois de confinements ont profondément changé les esprits, rendant, espérons-le, peut être plus acceptables d’autres politiques concernant les transports, le logement, les loisirs, l’industrialisation – toutes choses qu’on sait indispensable à la lutte contre le réchauffement climatique. Il nous a aussi rappelé au réel, et notre relation à la science a sans doute changé dans le bon sens. Ce faisant, on peut espérer que les thèses complotistes ou populistes ne se développeront pas trop, et que la décroissance, imposée mais comprise et acceptée, sera perçue comme une trajectoire de moindre mal pour éviter la barbarie.

Covid-19 pourrait être une chance, sans doute la dernière. Ne la gâchons pas.

Reférences:

Gaz Naturel et Climat

9 ans après avoir écrit un article sur les dangers du gas comme source énergétique, il est temps de faire une mise à jour. Comme on pouvait s’y attendre, la situation ne s’est pas arrangée.

La France est ainsi devenu le premier importateur Européen de gaz de schistes. Ceci alors que l’exploitation des gaz de schistes est interdite dans notre pays, et qu’on est supposé se débarrasser des énergies fossiles. 

Les Allemands, eux, vont enfin réussir à doubler le gazoduc North Stream pour importer du gaz russe. Un projet à 10 milliards d’Euros. Et ils ont un terminal méthanier en projet, histoire de pouvoir en plus importer du gaz de schistes US. Qui peut croire qu’ils veulent sortir des énergies fossiles? 

Tout vas donc bien pour le gaz. La production augmente dans le monde (+4.5% en 2018), il y a de plus de pipelines et de terminaux méthaniers, .. Voir ce document pour quelques chiffres: https://www.iea.org/gas2019/

Coté production, il en reste dans quelques régions du Monde, et le pic mondial devrait être après 2030. Mais l’Europe (essentiellement Mer du Nord et Pays-Bas) a passé son pic de production il y a quelques années , et comme la consommation se maintien malgré nos discours sur le climat, il y a de plus en plus d’importation.  

Cerise sur le gâteau, il y a peu de protestations, car le gaz dit « naturel » est  relativement peu cher, et il supposé être mieux pour le climat que le pétrole et le charbon. Les lobbys, surfant sur la libéralisation du secteur de l’énergie, ont fait un super boulot,  (en se servant notamment du mouvement écolo). 

Mais c’est faux: si on prends en compte les fuites (lors de la production, dans les pipeline ou dans les réseaux), et compte tenu du très fort pouvoir de réchauffement global du méthane, le gaz a impact du même ordre de grandeur que le fioul ou le charbon.

Les études montrent en particulier que le gaz que nous importons des USA est aussi polluant que le charbon, et toute mesure qui conduirait à une augmentation de la consommation de gaz aggravera les catastrophes climatiques à venir.

Le méthane est le gaz à effet de serre qui croit le plus vite, ce qui en fait une inquiétude majeure concernant l’avenir de l’homme sur Terre. 

Peut on espérer une prise de conscience ? 

Pour en savoir plus:

Des Nouvelles du Peak-Oil

Les choses se précisent concernant l’évolution de la production de pétrole. Voici quelques informations, avec leurs sources: 

  • Dans son dernier rapport paru fin 2018, l’AIE (Agence Internationale de l’Energie)  confirme que la production mondiale de pétrole conventionnel (près des 3/4 de la production totale de pétrole) « a franchi un pic en 2008 à 69 millions de barils par jour (Mb/j), et a décliné depuis d’un peu plus de 2,5 Mb/j ».   
  • Dans ce même rapport, l’AIE estimait que « Le risque de resserrement de l’offre est particulièrement prégnant pour le pétrole. Ces trois dernières années, le nombre moyen de nouveaux projets approuvés de production de pétrole conventionnel ne représente que la moitié du volume nécessaire pour équilibrer le marché jusqu’en 2025, compte tenu des perspectives de demande du scénario « Nouvelles politiques ». Il est peu probable que le pétrole de schiste prenne le relais à lui seul. Nos projections prévoient déjà un doublement de l’offre de pétrole de schiste américain d’ici 2025, mais celle-ci devrait plus que tripler pour compenser le manque persistant de nouveaux projets classiques. » 

    En d’autres termes, si l’offre de pétrole de schistes ne triple pas aux USA, on atteindra rapidement le pic de production « tout liquide ».
    Cette analyse est reprise et corroborée par d’autres sources. Voir par exemple le Wall Street Journal évoquant le « looming oil crunch ».  (« imminence de l’effondrement du pétrole »)
  • Et justement, la production de pétrole de schiste, loin de tripler, a cessé de croître.  La productivité stagne, la majorité des sociétés perdent des quantités astronomiques d’argent
    Beaucoup d’analystes commencent à être inquiets (lire aussi cet article publié hier). Certains pensent, ou veulent croire, qu’une 3° vague de pétrole de schiste va arrive , grâce à de nouvelles techniques de récupération, mais rien n’est sûr.  
    C’est la principale source d’incertitude, et elle est importante. Mais ça ne change rien sur le fond: un jour ou l’autre, les réserves vont passer un pic. C’est mathématique.
  • De leur côté, les Russes ont faut savoir qu’ils atteindront leur pic de production en 2021  ; Le patron d’Aramco (Arabie Saoudite) prévoit, lui, un risque d’effondrement de la production prochainement.  Le patron de Total, de son côté, prévoit des problèmes d’approvisionnement dès 2020.
    On peut penser qu’ils  forcent le trait pour qu’il y ait plus d’investissements ou faire monter les cours. Ou pas. C’est en tout cas en phase avec ce qu’on sait par ailleurs..
  • Jamais le niveau de découvertes de nouveau réservoir de pétrole n’a été aussi faible. En 2018, pour 6 barils de pétrole consommés, 1 seul a été trouvé pour les remplacer . On découvre depuis des années qu’une fraction de ce qu’on consomme, et ça s’aggrave.  Ça finira bien par avoir un impact.
  • Aucun pays en dehors des USA n’a réussi à exploiter les pétroles de schistes. Il faut en effet que beaucoup de choses soient réunies: une géologie favorable, de la technologie, beaucoup d’eau, une infrastructure routière dense, de l’expertise, des conditions réglementaires favorables (droit au sol,…), et beaucoup, beaucoup d’argent sans garantie de bénéfice. On ne voit pas ce qui pourrait changer d’ici 2030.
  • Du coup, on voit de plus en plus de projection avec un pic de production « tout liquide » vers 2025 – 2030. Voici par exemple ce qu’on trouve dans l’Energy Outlook 2019 de la société  de certification norvégienne DNV-GV (source)
  • Notez que le pic de production du gaz arrive quelques années après. En Europe, il est passé, et en conséquence on en importe de plus en plus (c’est pour cette raison qu’on construit des terminaux méthaniers, des  gazoducs, ….).  Pour combien de temps? 
  • Le pic de la production de pétrole et de gaz  est déjà une réalité pour des pays comme l’Algérie, à quelques km de l’Europe. Avec une population en croissance et des millions de jeunes au chômage, on peut s’attendre à de sérieux troubles.
    Le pic de production du pétrole est aussi une cause majeure de l’effondrement du Venezuela (article recommandé).
  • Même si le pic de production de pétrole est après 2030, il se peut tout de même qu’on ait de sérieux problèmes avant.  Par exemple, le pétrole de schistes américain est très léger, et ne convient pas directement pour faire de l’essence.
    Il y a aussi les EROI qui deviennent de plus en plus faibles.  Ils faut de plus en plus d’énergie pour extraire du pétrole. Nous approchons de la zone où l’énergie nette (celle disponible pour la société) s’approche de la falaise:
  • Si on a un crise énergétique d’ici 10 ou 15 ans, il est peu probable qu’on puisse trouver les financement gigantesque, et l’énergie, pour exploiter les zones difficiles d’accès et dont l’EROI est faible, comme l’Arctique ou l’offshore profond.
  • Le pétrole représente 40% de l’énergie consommée en Europe. Mais face aux USA et à la Chine, il n’est pas du tout évident que nous continuerons à pouvoir nous approvisionner en pétrole (et en gaz) quand les tensions se feront plus importantes.
  • Si ces projections sont justes, c’est une bonne nouvelle pour le climat: moins de pétrole signifie des crises économiques et des récessions, donc moins d’émissions de CO2.

    C’est par contre un sérieux risque pour nos démocratie, si on ne s’y prépare pas.

Vive la Récession !? (V2)

[Version originale publiée en Août 2019. Mise à jour en Mars 2020 – en pleine crise du Coronavirus, et publié par la revue Le Sauvage ]

Nous y sommes. Coronavirus renforce ce que de plus en plus d’économistes pensent: le monde risque d’entrer en récession en 2020, c’est à dire que le PIB – l’indicateur clef de l’économie – va baisser. Déjà les raisons ne manquait pas : Protectionnisme, Brexit, endettement privé et public, bulles spéculatives prêtes à exploser, augmentation des taux d’intérêt, tensions géopolitiques et géologiques sur l’approvisionnement en pétrole, faiblesse structurelle des banques centrales et privées, … . Coronavirus nous rappelle en plus combien notre monde est sensible à la moindre perturbation qui affecte le déplacement des personnes et des biens.

Pour tous, c’est une très mauvaise nouvelle, un risque majeur qu’il faut absolument éviter, car récession a toujours été synonyme de montée du chômage, recul des services publics, augmentation de la précarité, pour ne citer que ces conséquences. Personne n’a envie de revivre les situations de 1929, de 1998 en Argentine, ou de 2008 en Grèce.

D’autant plus que cette récession pourrait être sévère. La croissance mondiale moyenne diminue structurellement en effet d’années après années, tandis que le système financier n’a pas encore récupéré de la crise de 2008. Le prix du pétrole – cause des récessions de 1973, 1979 et 2008 – n’a jamais été aussi volatil, en partie du fait de la faiblesse de la production mondiale, en hausse seulement dans quelques pays – mais pour combien de temps ?

Mais cette récession pourrait être une bonne nouvelle pour le Planète, et en particulier pour le climat. On le vois avec Coronavirus, qui provoque une baisse significative des émissions de CO2 et de la pollution. Il est possible que cette épidémie sauve des vies !

Plus généralement, les récessions passées ont été les seuls moments où les émissions de CO2 ont baissé, et il est fort probable que ça sera la même chose pour les prochaines. La raison est qu’une récession est, par définition, une baisse de l’activité économique mesurée par le PIB, et qu’il y a un couplage entre, d’une part, activité économique et consommations énergétiques, et d’autre part entre consommation d’énergie et émissions de CO2. Typiquement, depuis 50 ans pour chaque variation de 1% du PIB mondial, il y a une variation de 0.7% des émissions de CO2. Certes, les économistes et hommes politiques rêvent d’une « croissance verte », c’est-à-dire d’un découplage entre consommation d’énergie et activité économique, mais on n’en a jamais vu la couleur au niveau mondial (car un pays peut améliorer son intensité énergétique en important des biens plutôt que les fabriquer) .

En fait, une récession mondiale est sans doute le seul espoir qu’on ait pour voir baisser les émissions de CO2 à un niveau compatible avec une stabilisation du climat à +2°C. Il ne faut en effet pas compter sur la volonté des USA, l’Inde ou la Chine pour y arriver ni sur les promesses des pays européens, toujours à la recherche de plus de croissance pour maintenir nos modes de vie destructeurs. Il ne faut pas non plus compter sur le progrès technique, qui n’a jusqu’ici pas tenu ses promesses pour améliorer la situation, et les facteurs qui limitent son impact pour la lutte contre le réchauffement climatique sont toujours là, tels que l’effet rebond, la quantité d’énergie toujours croissante pour extraire des matériaux ou fabriquer des objets technologiques, les limites du recyclage, l’acceptabilité sociale au changement, le financement, le coût environnemental des activités de services, etc.

Plus vite et plus forte donc sera la baisse de l’activité économique mondiale, plus forte seront nos chances d’éviter un emballement catastrophique du réchauffement climatique.

Certes, il eût mieux valu que le Monde prenne une autre direction, par exemple après le rapport Meadows sur les limites de la croissance. Il eût été préférable qu’on écoute les décroissants, qu’on développe une vision de la prospérité qui ne soit pas basée sur le pouvoir d’achat et la croissance du PIB, qu’on réduise les inégalités dans le monde, qu’on sort des énergies fossiles. On aurait mieux fait de limiter le libre-échange et la financiarisation de l’économie, et d’intégrer le coût réel des externalités écologiques de nos activités productrices.

Mais on ne l’a pas fait, et il n’est plus temps de changer démocratiquement le système partout dans le monde, ou trouver des solutions technologiques. Pour citer Churchill,  « le temps de la procrastination, des demi-mesures, de l’apaisement des craintes, des expédients déconcertants et des délais touche à sa fin. Nous voici à l’aube d’une période de conséquences« .  Face à l’urgence climatique, les récessions vont nous obliger à agir réellement pour le climat, enfin.

Soyons clairs : les risques que des récessions conduisent à des crises sociales majeures et à des régimes autoritaires sont très forts. En particulier, partout dans le monde des partis d’extrême droite et des élites sans scrupules sont en embuscade, utilisant la démagogie et la désignation de boucs émissaires pour pousser leur pions.

Mais d’un autre côté, les récessions sont inévitables, et elles sont requises pour éviter une catastrophe climatique.
Comment faire pour sortir de cette situation ?

La solution est l’écologie politique. Elle seule peut développer un imaginaire susceptible d’être suivi par le plus grand nombre, permettant à l’inévitable crise économique et financière qui vient de devenir la matrice d’une nouvelle société écologique décroissante.

Et de fait, beaucoup des mesures pour rendre les récessions acceptables, et déjà mises en oeuvre dans des crises passées, sont, ou ont été, dans les programmes des partis écologistes : relocalisations, réduction du temps de travail, nouveaux indicateurs de richesse, monnaies locales, systèmes d’échanges locaux, économie sociale et solidaire, redistribution, rationnements pour contenir les inégalités face aux pénuries, transport doux, low-techs, …

Tous les partis politiques se targuent aujourd’hui d’être écologistes.  Tant mieux.  Mais les seuls qui le sont vraiment sont ceux qui reconnaissent qu’on ne peut pas compter sur un découplage PIB/CO2, c’est à dire que la baisse du PIB est à la fois nécessaire pour éviter une catastrophe climatique, et inévitable. Donc qui souhaitent la récession, une récession comprise et acceptée par les citoyens, accompagnée par les Etats pour en limiter les conséquences . La seule alternative à la barbarie.

— Thierry Caminel
Peut être rediffusé sans restriction

Annexes :

  • De nombreuses études montrent pourquoi il ne peut y avoir de découplage entre PIB et énergie ou CO2. Voir la récente étude Decoupling Debunked, publiée par l’European Environmental Bureau en 2019, pour une liste assez exhaustive. 

    Voir aussi mes propres analyses .
  • Cette courbe montre que la consommation énergétique mondiale continue d’augmenter proportionnellement au PIB. Il n’y a pas de début de découplage (chaque point correspond à une année). On ne voit en particulier pas l’impact de l’informatique et de la supposée « dématérialisation de l’économie ». La courbe avec le CO2 est similaire (car l’électricité mondiale est toujours aussi carbonée).

PIB Mondial vs Consommation Mondiale, de 1965 à 2018.  Source: JM Jancovici

  • Ces courbes montrent l’évolution comparée du PIB et de la consommation énergétique en Grèce, avant et pendant la crise. On y voit qu’il n’y a pas de découplage. Notez que les évolutions de CO2 ont baissées de même: les Grecs sont devenus très écolos du fait de la crise.
    Le même phénomène est arrivé en Espagne à la même époque, en URSS en 1989, et plus généralement lors de toute les récessions.
  • Une autre courbe (en log/log) sur la relation entre PIB par habitant et émissions de CO2 par habitant, cette fois pays par pays.
  • Evolution mondiale du PIB, des émissions de CO2 et de la consommation énergétique. Notez les baisses simultanées en 1973, 1979 et 2008.
    Source: J.M. Jancovici

Information versus Effondrement

Information versus Effondrement

Comment tout ne va pas s’effondrer

(  Article associé à un séminaire à l’Institut Momemtum le 13 Octobre 2018.
 Un support de présentation sur ce sujet est disponible à https://goo.gl/bxVca9)

 

Il est devenu courant d’entendre de nos jours des propos sur « l’effondrement de LA société industrielle ». Mais c’est sans doute trop simpliste. Nous soutiendrons dans cet article que, en certains lieux, le capital informationnel qui caractérise cette civilisation (techniques, procédés, savoir-faire, organisations… ) continuera d’augmenter, ainsi que la résilience au réchauffement climatique et à la déplétion des ressources.

Nous partirons de la définition de l’effondrement de Joseph Tainter, un des pionniers de l’approche scientifique de cette notion. Elle tient en 3 points : 1/ Plus une société est complexe, plus elle requiert de l’énergie ; 2/ Après avoir épuisé l’énergie bon marché et la dette abordable, elle perd sa capacité à résoudre ses problèmes ; 3/ L’effondrement est la simplification rapide d’une société.

Cette définition lie l’effondrement à la notion de complexité, et celle-ci aux flux énergétiques. C’est un lien qu’étudie aussi la thermodynamique, en particulier à partir des travaux de Igor Prigogine sur les structures dissipatives : ce sont des structures qui reçoivent un flux énergétique de l’extérieur, mais qui créent des formes d’organisation à l’intérieur via importation et mémorisation de l’information. L’eau qui bout dans une casserole est l’image classique d’une telle structure, mais c’est aussi valable pour les cellules qui mémorisent l’information dans l’ADN, et pour les sociétés humaines qui la mémorisent via la transmission culturelle.

Ainsi l’évolution biologique se traduit par une augmentation de la complexité (des organismes eucaryotes aux animaux), qui a pour support une information stockée dans les gènes sous forme d’ADN. Selon la théorie darwinienne, les gènes se répliquent, évoluent par altérations et fusions, et transmettent les changements favorables à leur descendant. Ils augmentent ce faisant leur capacité à se perpétuer et à s’adapter à l’environnement, c’est-à-dire à ‘résoudre les problèmes’ selon les termes de Tainter.

L’évolution de la culture humaine est similaire. Les pratiques agricoles par exemple se transmettent de génération d’agriculteurs à la suivante, via le langage, l’imitation, les livres ou, plus récemment, Internet. Elles peuvent évoluer par le hasard ou l’adaptation de pratiques développées par ailleurs.  Les pratiques les plus efficaces augmentent la résilience des sociétés qui les adoptent, ce qui renforce leur diffusion. Il en est de même pour les pratiques militaires, les savoir-faire pour fabriquer des objets, les capacités à échanger ou à organiser une société en croissance démographique, etc.

Ces évolutions peuvent être considérées comme l’évolution d’algorithmes. Une recette culinaire est l’exemple typique d’un algorithme, et nous pouvons aussi considérer les pratiques agricoles, militaires ou de fabrication d’objets comme des algorithmes. Nous les appellerons ‘algorithmes culturels”. Les gènes peuvent aussi être considérés comme des algorithmes, que nous qualifierons de ‘biologiques”. Ils permettent la fabrication pas-à-pas de protéines et d’organismes selon un programme codé dans l’ADN. Les comportements des animaux, comme la sélection du partenaire pour assurer la reproduction, ou les choix à prendre face à un prédateur, sont aussi des algorithmes biologiques susceptibles de s’améliorer de génération en génération.

La révolution que nous vivons est liée à l’apparition d’une nouvelle forme d’algorithmes : les algorithmes numériques. Ceux-ci évoluent par des mécanismes similaires à ceux décrits précédemment : il y a un processus de génération de variantes, puis de sélection des celles qui apportent un avantage, et finalement transmission à une nouvelle génération.  Par exemple, des dizaines de milliers d’informaticiens modifient tous les jours des algorithmes numériques disponibles en open source. Une de ces modifications pourrait avoir un intérêt pour améliorer une fonctionnalité du noyau Linux, être sélectionnée et intégrée dans le noyau, et se retrouver quelques années plus tard dans des millions de smartphones et d’ordinateurs.  

Le processus de création et d’amélioration des algorithmes numériques est en train de s’accélérer.  Plusieurs processus sont en cours : d’une part, le « big data » et l’apprentissage automatique permettent de créer des algorithmes à partir de très grands volumes de données. C’est ainsi qu’un ordinateur peut faire un algorithme pour reconnaître un objet si on lui a fourni au préalable des centaines d’images de cet objet. C’est la technique de base de l’intelligence artificielle (IA). Mais d’autres techniques plus puissantes apparaissent, où des algorithmes créent d’autres algorithmes avec peu de données. Par exemple, le programme de jeu de Go développé par Google, qui a gagné contre le champion du monde, a d’abord été entraîné à évaluer des positions à partir d’un catalogue d’un million de parties jouées par des humains. Puis, une nouvelle version a appris à évaluer la position seulement en jouant des milliers de parties contre elle-même.  Le processus s’apparente d’ailleurs à l’évolution biologique : après chaque jeu, quelques changements sont introduits dans la version qui a gagné pour produire d’autres versions, qui jouent les unes contre les autres, etc.

Un autre processus d’accélération est la concentration des données et des algorithmes dans les grandes plateformes numériques, telles que celles détenues par Amazon, Microsoft, Google ou Alibaba, qui proposent des services facilitant la composition de milliers d’algorithmes qu’elles mettent à disposition. Ces services sont utilisés par ces entreprises pour leurs besoins propres, mais aussi par d’autres entreprises, notamment les startups pour développer de nouvelles idées à moindre coût. Ces startups, à leur tour, peuvent mettre en open source leurs propres variantes, qui pourront éventuellement être intégrées à ces plateformes. Elles peuvent aussi développer leur propre plateforme (comme Uber, AirBnB,..), essentiellement pour fournir des services qui vont servir à collecter des données, et alimenter ainsi la création d’algorithmes par des techniques d’apprentissage automatique.  Les plateformes numériques servent ainsi de catalyseurs : en mettant à proximité données et algorithmes, et en facilitant la modification et combinaison des algorithmes ainsi que la création de ceux-ci par apprentissage, elles accélèrent le processus de création et d’amélioration des algorithmes numériques. C’est cette amélioration exponentielle des algorithmes numériques qui explique qu’ils sont en train de remplacer algorithmes biologiques et culturels pour de plus en plus de tâches.

Tous les pays industrialisés luttent maintenant pour développer et contrôler les algorithmes d’IA, car ils sont une partie essentielle de leur souveraineté et de leur indépendance.  Le contrôle du processus d’innovation et des plates-formes deviennent d’une importance capitale, et la Chine et les gouvernements américains ont pris un avantage certain. Ils l’ont obtenu via les agences de recherche militaires, comme le DARPA aux USA, qui investissent massivement, et souvent en cofinancement avec les grands fournisseurs de plates-formes commerciales. En résulte un flux de nouvelles idées et d’algorithmes, qui sont sélectionnés d’une manière ou d’une autre. Ceux qui apportent un avantage sont incorporés dans ces plateformes pour les usages commerciaux, mais peuvent également être utilisés par les États pour contrôler l’information et améliorer leur défense (comme les armes basées sur l’IA, les systèmes de renseignement, etc).

Revenons maintenant à l’effondrement. Notre analyse est qu’une nouvelle forme de structure dissipative est en train d’émerger, essentiellement aux USA et en Chine, où s’accumulent des algorithmes numériques qui leur permettent une meilleure connaissance de l’environnement, et des capacités accrues d’agir sur lui. C’est un peu comme l’évolution biologique et culturelle, mais ici l’environnement est perçu grâce à des algorithmes qui surveillent l’Internet, contrôlent et analysent des images de satellites, drones ou les caméras dans les rues, etc. L’action sur l’environnement se fait via d’autres algorithmes au coeur de système d’armes sophistiquées, de robots (pour fabriquer des objets, combattre, lutter dans la cybersphère…), ou d’autres algorithmes permettant la propagande de masse.

Grâce à ces algorithmes, les structures dissipatives pourront s’approprier les ressources naturelles (énergie et matière première) nécessaires à leur adaptation à un monde où ces ressources deviendront de plus en plus rares. Par ailleurs, les algorithmes numériques pourront aussi modifier directement les algorithmes biologiques codés dans l’ADN via les techniques de modification génériques comme CRISPR, pour notamment accélérer l’adaptation des plantes au réchauffement climatique.  Avec les outils de propagandes et de contrôle de l’information, il sera possible de contrôler les populations et, associé à quelques contraintes, l’amener à s’adapter plus vite aux changements à venir. Ce sera d’autant plus facile que les robots et le remplacement grandissant des emplois humains par des algorithmes affaiblissent la plupart des classes sociales, limitant leur capacité de réaction par la grève. Les algorithmes augmenteront aussi la résilience des sociétés en facilitant la transmission du savoir par Internet, la mise en place de systèmes de rationnements, la création de monnaies locale, l’optimisation des déplacements et flux d’énergie.

Reprenons l’exemple de la Chine pour illustrer nos propos. Le réchauffement climatique et la déplétion des ressources fossiles pourraient y provoquer de gigantesques famines, de très fortes tensions sociales, un effondrement financier, économique et politique, etc. Mais le Parti communiste chinois (PCC), dernier avatar d’un système politique commencé il y a 2200 ans, n’est pas inactif. Il investit massivement dans la recherche en IA et toute la chaîne en amont de traitement de l’information, depuis les métaux rares pour fabriquer les puces électroniques jusqu’à l’infrastructure internet, ce qui lui permet de construire des systèmes de propagandes et de contrôles de la population jamais vue dans l’histoire, et bientôt d’avoir tous les économiques contrôlés et optimisés par de l’IA. Il développe la puissance militaire et une stratégie pour contrôler l’accès aux matières premières qui manquent, en particulier alimentaires. Il fait étudier toutes les sortes de centrales nucléaires à surgénération, ce qui, en complément des énergies renouvelables, des smart-grids et du charbon, devrait atténuer les conséquences du pic de production de pétrole, notamment via l’électrification des transports. Tout cela, et bien d’autres éléments, laissent à penser que le PCC se prépare à un effondrement, et accumule des moyens de ‘résoudre les problèmes’ – pour reprendre l’analyse de Tainter – même avec moins d’énergie et de ressources naturelles. Les algorithmes et les biotechnologies seront cruciaux, pour toutes les raisons que nous avons présentées, ce qui nécessite et justifie la continuation d’une société industrielle, au service d’une minorité.

Nous avons donc 2 phénomènes concomitants. Dans certains endroits de la planète, l’accumulation d’information algorithmique permet une augmentation de la complexité qui augment fortement les capacités d’adaptation à un environnement en rapide changement, notamment grâce à l’IA et les biotechnologies. Les armées auront un rôle essentiel, car elles sont capables d’accaparer les ressources, maintenir la complexité d’une société même en cas de crise, focaliser la recherche, construire des infrastructures, réduire la concurrence etc.  

Mais partout ailleurs, le réchauffement climatique, la déplétion des ressources et le pillage de celles restantes entraîneront effondrement, guerres et famines,réduction de la population et de la complexité et la capacité de s’adapter. L’empreinte écologique globale se réduira fortement, ce qui éloignera la Terre des seuils – notamment climatiques – susceptible de la rendre quasiment inhabitable pour l’homme.

Nous avons montré que le développement des algorithmes s’accélère, et ça devrait continuer en nécessitant de moins en moins de données et d’énergie. Les processus d’effondrement vont aussi s’accélérer, car ils impliquent des boucles de rétroaction positives comme le montrent toutes les études de collapsologie. Ces 2 évolutions de nature exponentielles s’opposent, et il est impossible de prévoir comment elles vont s’imbriquer. On peut toutefois imaginer qu’une situation assez stable émerge, dans laquelle continueraient à se développer des sociétés complexes, très technologiques, efficaces en matières premières, probablement impérialistes, peu nombreuses et relativement peu peuplées. Un futur hélas pas réjouissant pour la grande majorité des autres habitants de la planète, et notamment sans doute pour nous, Européens.

 

Donald Trump , sauveur de la planète ?

L’élection de Donald Trump a provoqué une très forte inquiétude de la part des personnes concernées par le réchauffement climatique et l’environnement, de par ses positions ouvertement climatosceptiques et le choix de son gouvernement, très favorable aux énergies fossiles et à l’abolition de toute régulation environnementale.

Pourtant, il est possible que son action soit, in fine, plus favorable au climat que celle qu’aurait eue Hillary Clinton si elle avait été élue, qui promettait énergies renouvelables et croissance verte à la sauce high-tech.  En effet, observons que, jusqu’ici, aucun progrès technique n’a permis la réduction significative des émissions de CO2 mondiales. Celles –ci restent toujours fortement couplées à la croissance économique, et les seules fortes baisses ont eu lieu lors des crashs économiques, comme après la crise de 2008 ou l’effondrement de l’URSS.

Contrairement à Hillary Clinton, Trump ne croit pas qu’un découplage soit possible et à ces histoires de croissance verte. Son modèle, ce sont les années 60, et, pour ‘Make America Great Again’, il compte sur les vieilles recettes, en augmentant autant que possible la production fossile , en utilisant la diplomatie pour sécuriser l’approvisionnement pétrolier[1], en dérégularisant tout ce qui peut l’être, et en construisant des infrastructures à tour de bras.  Et ça peut marcher, car Trump a raison, c’est bien l’énergie et le minimum de réglementation qui créent la croissance économique et permet de maintenir l’American Way of Life.

Du moins quelque temps. Car le monde n’est plus celui des années 60, et en particulier sur les aspects énergétiques. Les tentatives d’augmenter la production d’énergie fossile se heurteront vite aux limites géologiques, car nous sommes proches du peak-oil ‘tout liquide’ et qu’il faut de plus en plus d’énergie pour produire de l’énergie et extraire des matières premières. En outre, les réglementations financières ont été mises en place pour limiter les conséquences des crashs économiques, or le système financier mondial n’a jamais été aussi fragile. En les supprimant, Trump va le rendre encore plus fragile.

Les prochaines crises pourraient donc venir plus tôt que si la candidate démocrate avait été élue, qui aurait pu retarder l’échéance. Elles seront surtout plus violentes, plus profondes que toutes celles qui ont précédé, impactant la croissance mondiale, ce qui conduira à une baisse des émissions de CO2 suffisantes pour éviter un emballement climatique.  Mais ça provoquera sans doute aussi des guerres et des régimes autoritaires un peu partout dans le monde, notamment en Europe où il n’y a ni énergie fossile ni forces armées crédibles pour sécuriser les approvisionnements. Il devient urgent que nous comprenions, vite, la nécessité du partage et de la Décroissance.

 

[1] D’après Matthieu Auzanneau, la nomination du PDG patron ExxonMobil, ami de Poutine, à la tête du secrétariat d’État est doute lié aux projets d’exploitation des pétroles de schistes russes. http://petrole.blog.lemonde.fr/

 

Nucléaire et climat: que disent les modèles intégrés des scientifiques ?

Introduction

Alors qu’approche la conférence du COP21 destiné à  un nouvel accord international sur le climat ayant pour objectif de maintenir le réchauffement climatique (RC) mondial en deçà de 2 °C, il existe une controverse, ancienne, concernant le rôle possible de l’énergie nucléaire, ou d’autres énergies dangereuses comme la capture et la séquestration du carbone[1] (CCS en anglais), pour satisfaire cet objectif.

Il est difficile pour les citoyens et les élus de se faire une idée sur ce sujet, car il faut pour cela maitriser les subtilités des coefficients de conversion entre énergie thermique et électrique, les quantité de gaz à effet de serre produite par source, les mécanismes physiques du réchauffement climatique, etc. Souvent, les calculs trop simples conduisent
à des résultats contradictoires. Ainsi des opposants à l’énergie nucléaire, à partir de sa part en énergie primaire thermique, ‘démontreront’ que le nucléaire ne peut avoir qu’un rôle négligeable dans la lutte contre le RC[2], tandis que d’autres arrivent à un résultat inverse en comparant les émissions de CO2 de pays fortement nucléarisés comme la France ou la Suède, avec celles de pays, comme l’Allemagne[3].

Pour y voir plus clair face à ces contradictions, la meilleure solution est de regarder les calculs publiés par les spécialistes du climat et de l’énergie, dans des revues scientifiques à comité de lecture (donc vérifiés par des pairs), et la recherche de consensus sur cette base dans des institutions telles que le GIEC. Comme pour d’autres aspects de la crise climatique, cette approche scientifique est celle qui devrait le mieux se prêter à l’information et à l’action politique.

Les Modèles d’Évaluation Intégrée

Les scientifiques qui s’intéressent à cette problématique construisent des modèles numériques combinant données climatiques, énergétiques et ressources, et les utilisent pour tester des scénarios dans lesquels ils font  évoluer le mix énergétiques dans le temps.  Ces modèles sont appelés des Modèles d’Évaluation Intégrée (MEI, IAM en Anglais). Une petite dizaine ont été développés par des équipes différentes, et servent notamment à alimenter les travaux du GIEC. Celui-ci a, par ailleurs, défini des profils d’évolution des concentrations de gaz à effet de serre appelés RCP (Representative Concentration Pathway), permettant la comparaison des modèles en fonction d’un objectif en termes de réchauffement global. Celui associé à une stabilisation du climat à +2°C est appelé « RCP2.6 ».

Un exemple de publication scientifique

Une étude scientifique  « [Eom et all, (2013)] The impact of near-term climate policy choices on technology and emission transition pathways« [4] (« L’impact des choix de politique climatique à court terme sur la technologie et les chemins de transition des émissions« ) , est particulièrement intéressante, car elle se focalise sur les choix technologiques pour réduire les émissions de CO2.

Les auteurs, issus de 7 instituts de recherche différents, ont fait fonctionner 9 Modèles d’Évaluation Intégrée, chacun avec 5 options technologiques (pas de CCS, pas de nucléaire, peu de biomasse,  ….),  avec le profil RCP2.6 (donc pour une stabilisation à +2°C). Les scientifiques étudient particulièrement la période 2030-2050, pendant laquelle ces options se font le plus sentir, et où le taux de décarbonisation du mix énergetique doit être la plus forte. Pour  la période jusqu’à 2030, ils ont étudié les conséquences de 2 politiques possibles: une appelée HST (« high short-term target »), dans la continuité des engagements pris lors des conférences précédente pour le climat, donc peu ambitieuse, et une autre appelée OPT (optimale), où on agit au mieux dès maintenant.

Le tableau 1 présente une synthèse de l’étude:

table 1

En horizontal, on trouve le nom des 9 modèles intégrés (IMAGE, IMACLIM, GCAM,…).  En vertical, il y a les options technologiques:

  • FullTech: Toutes les technologies disponibles sont utilisées au mieux (nucléaire, séquestration et capture du carbone, … )
  • NucOff: sortie du nucléaire
  • LimSW: progrès limités concernant les technologies solaire et éolien
  • LimBio : limitation de la surface agricole destinée aux bioénergies
  • NoCCS: interdiction de la séquestration et capture du carbone

Dans les colonnes, INF signifie « non faisable », F signifie « faisable », et NR « non évalué ».

On voit dans le tableau que, avec pratiquement tous les modèles, la séquestration et capture du carbone (CCS) est nécessaire pour satisfaire les objectifs HST, c’est à dire si reste d’ici 2030 sur les engagements actuels.

A noter que les modèles peuvent utiliser, dans les options autres que LimBio et NoCCS,  les « Bioénergies avec capture et séquestration » (BECCS en anglais), une technique sur laquelle le GIEC compte beaucoup car elle permet de réduire les concentration en CO2 dans l’atmosphère.

Le tableau 2 de l’étude donne des détails et ordres de grandeur. En voici un extrait:

table 2

La colonne « Δ plants per year » indique le nombre de centrales nucléaires à construire par an. On constate par exemple (ligne World/NoCCS) que, si on n’utilise pas le CCS, il faut, selon les modèles et options, en construire entre 35 et 107 par an dans la période 2030 et 2050. On voit aussi, surtout dans cette hypothèse, l’importance qu’il y a à agir rapidement: ainsi pour zone OCDE, retarder l’action ferait passer de 4 à 32 le nombre de réacteurs à construire par an pour atteindre l’objectif.

Le texte de l’article (§5.1) précise que, même avec CCS, il faudrait en moyenne construire 29 centrales par an le monde. Aucun des modèles étudiés ne permet de se passer à la fois du nucléaire et du CCS, même ceux avec une forte amélioration de l’efficacité énergétique.

Il y a d’autres choses intéressantes dans cette étude.  Par exemple les colonnes « deployment rate » pour Wind et Solar indiquent par combien il faut multiplier le taux d’installation de 2011 en terme d’éolien et de solaire pour satisfaire l’objectif climatique. Nous voyons que les scénarios incluent des hypothèses de déploiement très rapide, et du même ordre de grandeur qu’on utilise le nucléaire ou pas. Même chose concernant l’utilisation de surface agricole pour produire de l’énergie, nécessaire dans tous les scénarios ( §5.4). Jusqu’à la moitié des terres cultivées actuelles doivent y être consacrées pour certains modèles « sans CCS ».

Que dit le GIEC ?

L’étude que nous venons de présenter dans la partie précédente est reprise dans le  rapport complet[5] du groupe III (au §7.11.4), qui la résume en:

« L’étude [Eom et al . (2013 )] montre que, selon les hypothèses sur le portefeuille des technologies , un quadruplement de la part [des énergies] à faible émission de carbone au-delà de 20 ans ( de 2030 à 2050 ) entraînerait en moyenne la construction de 29 à 107 nouvelles centrales nucléaires par an […] L’étude indique en outre une énorme exigence concernant le développement des énergies renouvelables. Par exemple , l’énergie solaire est prévue, dans les modèles, d’augmenter entre 2030 et 2050 d’un facteur 50 à 360 en capacité solaire mondial, par rapport à l’année 2011″

La synthèse des rapports techniques du GIEC est dans le résumé pour décideur du rapport du groupe III[6], longuement discuté, où on retrouve:

« Tous les scénarios qui atteignent les 450 ppm se caractérisent par une amélioration rapide de l’efficacité énergétique, une multiplication par 3 à presque 4 d’ici 2050 des sources d’énergie peu carbonées, provenant des  renouvelables, du nucléaire et des énergies fossiles avec CCS, ou bioénergies avec CCS (BECCS) »

Le point important est le dernier ‘et’ : Il n’y a pas de scénarios qui permettent de stabiliser le climat à +2°C sans recours au nucléaire et/ou au CCS. Le GIEC ne nie pas la dangerosité du nucléaire, ni les problèmes d’acceptabilité ou liés à un déploiement rapide, ni les problèmes posés par le CCS. Mais l’effort pour tripler voire quadrupler l’énergie neutre en carbone aussi vite que possible afin de stabiliser le climat +2°C est tel, qu’il implique d’utiliser tous les moyens qui sont à notre disposition, et les utiliser au mieux en fonction des régions du monde.

Le GIEC ne va toutefois pas beaucoup plus loin dans les détails des modèles dans ce rapport, et notamment n’approfondit pas les contraintes techniques, les coûts, les besoins en financements ou en ressources, les aspects alimentaires.. Il reste dans son rôle d’éclairer l’action politique, pas de la prescrire.

Et les autres modèles ?

Il existe des modèles et des scénarios associés assurant une sortie du nucléaire, pas de CCS et une forte baisse des émissions de CO2, tels que le scénario de l’association négaWatt (limité à la France, mais généralisable dans ses principes), ou le scénario ‘Energy [R]evolution’ de Greenpeace. Une comparaison avec les modèles retenus par le GIEC sortirait du cadre de cet article, mais notons au moins 2 différences : 1/ ces scénarios ne sont pas couplés dynamiquement avec un modèle climatique, ce qui les conduit à sous-estimer l’importance de réduire au plus vite les émissions de CO2  2/ certaines hypothèses prises ne sont pas celles retenues par les scientifiques. Par exemple, ‘Energy [R]evolution’ requiert un taux d’amélioration de l’intensité énergétique de PIB (une mesure de l’efficacité énergétique), 5 fois plus important que la moyenne des projections du GIEC.[7]

Conclusion

La méthode des scientifiques et du GIEC pour traiter le rôle des technologies pour stabiliser le climat ne diffère pas de celle pour démontrer le caractère anthropique du réchauffement, ou évaluer les conséquences dans telle ou telle région du monde ou secteur d’activité: plusieurs équipes de recherches réalisent des modèles et des simulations, qui leur permettent d’étudier tel ou tel aspect en donnant lieu à des publications dans des revues scientifiques à comité de lecture, qui sont reprises dans les rapports techniques puis, de manière très circonstanciée, dans un résumé pour décideur.

Nous avons extrait de cet important travail d’étude et de vérification quelques paragraphes et tableaux, qui nous semblent bien résumer l’approche et les résultats des scientifiques concernant l’usage de l’énergie nucléaire pour stabiliser le réchauffement climatique à +2°C. Il s’avère qu’elle est nécessaire, sauf à utiliser massivement la séquestration carbone et en particulier les hypothétiques bioénergies avec capture et séquestration, et ce quelles que soient les options relatives à l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Notons toutefois qu’une décroissance économique n’est pas envisagée.

On retrouve ses conclusions dans d’autres travaux, et notamment le  ‘Global Apollo Programme to combat climate change’, écrit par des personnalités telles que Nicolas Stern ou David King, qui propose un investissement coordonné de 100 milliards de dollars en R&D sur les énergies renouvelables, le stockage et l’efficacité  énergétique, tout en gardant le nucléaire et développant le CCS, en attendant de pouvoir se passer definitivement des énergies fossiles.

On peut bien sûr discuter telle ou telle hypothèse d’entrée des modèles, mais celles choisies sont argumentées par ailleurs, et ça ne nous semble pas pouvoir changer fondamentalement les conclusions, au vu de l’étendue des scénarios étudiés. Notez qu’un point particulièrement sensible,  l’évolution de l’efficacité énergétique de l’économie grâce au progrès technique et son impact sur le PIB, est abordée dans d’autres articles de ce blog[9].

Au delà des modèles, ces travaux scientifiques illustrent l’immense défi que représente la stabilisation du réchauffement climatique à un niveau limitant le risque d’un emballement catastrophique. La prise de conscience qu’il n’y a pas de solution sans profonds changements sociétaux, ni risques, est une condition nécessaire à une sortie démocratique de la procrastination[10] actuelle

 

Thierry Caminel


(ce texte est rediffusable)


[1]  http://www.dw.com/en/carbon-capture-technology-loses-out-in-germany/a-16999567
[2] http://www.sortirdunucleaire.org/Nucleaire-et-changement-climatique
[3] http://sauvonsleclimat.org/etudeshtml/regards-sur-la-politique-energetique-allemande
[4] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0040162513002540
[5] http://report.mitigation2014.org/drafts/final-draft-postplenary/ipcc_wg3_ar5_final-draft_postplenary_chapter7.pdf
[6] http://report.mitigation2014.org/spm/ipcc_wg3_ar5_summary-for-policymakers_approved.pdf
[7] Energie[R]evolution « présuppose » [prerequisite] qu’il y aura découplage entre énergie et croissance du PIB (§5.5.2), permettant 3,5% d’amélioration de l’intensité énergique par an (§6.1).  Pour le GIEC, la moyenne des projections est de moins de 1,5% / an (d’après TS.7 de https://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/wg3/ipcc_wg3_ar5_full.pdf), déja supérieur à la tendance de ces 5 dernières années [lien]
[8] Application d’une forme de l’équation de Kaya ; voir J.M. pour une démonstration simple (http://bit.ly/wrLsM0) ou Gaël Giraud pour des travaux plus complets (http://bit.ly/1ffHKrN , http://bit.ly/1PT4fFF)
[9] voir http://decroissance.blog.lemonde.fr/2013/06/16/impossible-decouplage/  ; Sur le lien avec un effondrement, voir ma présentation http://bit.ly/1Xva9lU
[10]  cf Winston Churchill «Le temps de la procrastination, des demi-mesures, des expédients apaisants et étonnants, approche de sa fin. Nous entrons dans l’ère des conséquences».