17 réflexions sur « L’impossible découplage entre énergie et croissance (Diagrammes) »

  1. Excellente réflexion sur la décroissance, un élément de plus pour démontrer que le choix ne se situe pas entre croissance et décroissance mais entre décroissance plus ou moins acceptée et organisée et décroissance subie, probablement synonyme de souffrance.
    Un élément toutefois doit être plus largement évoqué au niveau mondial, c’est l’explosion démographique. Le nombre des hommes a été multiplié par 4 au cours du dernier siècle (et par 35 depuis Jésus-Christ). Cela conduit à une occupation quasi totale des territoires dont ne peuvent plus bénéficier les autres êtres vivants. Nous allons donc vers l’effondrement des équilibres écologiques. C’est là le moteur inévitable qui nous conduira à la décroissance subie.

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    1. Excellent article, très réfléchi et original dans les idées.

      J’aimerai compléter le commentaire précédent en soulignant le fait que l’effondrement des équilibres écologiques ne conduira pas forcément à la décroissance subie. Nous en avons seulement l’impression, en fait nous nous savons nostalgique d’une époque où la vie était plus agréable qu’aujourd’hui, une époque dans laquelle nous avions nos repères et nos souvenirs d’enfants.

      Dans quelques décennies, les nouvelles générations qui auront de facto grandi dans l’environnement « de mauvaise qualité » d’aujourd’hui, le trouveront parfaitement normal. Et malheureusement, quand les firmes de pollinisation du futur utiliseront des robots et des mains d’hommes pour faire le travail des défuntes abeilles, aucun de nos enfants n’y trouvera à redire, les actionnaires referont beaucoup d’argent, Wall street resplendira de nouveau, les ouvriers retrouveront du travail, les syndicats pourront continuer à râler, et peut être même bien que l’économie s’en verra relancée !!! Curieux paradoxe que de se dire que la situation sera mieux qu’auparavant, et pourtant quand les 1500 variétés de pommes auront disparus elles ne manqueront pas à celui qui n’a jamais croqué dans une pomme.

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      1. Il faudrait relire l’article pour comprendre que nous n’aurons probablement plus les moyens de construire ces robots et que ce sont des esclaves humains qui devront faire le travail. En fait 2 solutions se présentent à nous pour l’avenir : soit une minorité de privilégiés (bien plus réduite qu’aujourd’hui) continue à profiter d’une vie aisée au détriment du plus grand nombre, soit nous partageons ensemble une société plus sobre. A ce jour, nous allons plutôt vers la première solution.
        En ce qui concerne l’explosion démographique et son inadéquation avec les ressources de la planète, Hugues Stoeckel a écrit un excellent livre synthèse sur le sujet, « La Faim du Monde ». Il y cite des auteurs qui prédisent une chute de la population mondiale à environ 1 milliard d’individus d’ici la fin de ce siècle. Cela a de quoi faire froid dans le dos.

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  2. oui vraiment la démonstration est limpide.
    L’enjeu est de faire comprendre ce mécanisme qui s’est mis en place il y a au moins 150 ans au plus grand nombre (déjà à 1 ou 2% de la population).
    Pour faire suite aux commentaires précédents :
    – l’effondrement de la population mondiale c’est certain c’est la date et la vitesse qui sont incertaines.
    – la récession continue en Europe, on est déjà dedans non ?
    – la perspective de la capacité d’une élite à survivre et faire survivre sa descendance dans une décroissance chaotique est contraire à tous les systèmes écologiques où l’on voit toujours le super-prédateur (économique en l’occurrence) périr le premier : c’est bien ce qui a failli arriver aux banques et arrive à certains gouvernements.
    Pour revenir sur l’article et pour envisager une perspective d’action optimiste pour notre quotidien à nous, je pense que la sphère politico-éco-médiatique ne regarde que quelques fières girouettes sur le toit de la maison en pensant que ce sont elles qui commandent au vent.
    Education populaire, entrainement à la résilience, adaptation à la sobriété heureuse, économie coopérative sont à mon sens les ingrédients du nouveau paradigme.

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    1. Bien sûr que la décroissance (subie) va arriver, voire est déjà là. Les inégalités, sauf réaction des peuples, vont croître de nouveau : cependant les plus riches tirant leur richesse de l’exploitation des plus pauvres (il suffit de regarder la liste des fortune mondiale pour voir que ce sont tous des capitalistes ou descendant de capitalistes tel Bettencourt) seront moins riches puisque la productivité des plus pauvres va décroître ainsi que leur nombre.
      Mais hélas pas plus que les pauvres, les riches n’ont une vue globale et de long terme et leur réaction est : j’amasse le plus de patrimoine possible pour le revendre lorsque les temps seront plus durs.

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  3. La croissance repose sur une idéologie en action ,militante,puissante,hégémonique. La cupidité et le dévoiement de la recherche naturelle du bien-être pour tous vers une hyper-consommation individualisée dévastatrice y sont à l’oeuvre. Cette consommation est cependant régulée par le marché. C’est le talon d’Achille du système. Le consommateur peut se transformer en acteur politique de dérégulation du système. En attendant, il en est un agent actif. Il ne faut donc pas s’en prendre qu’aux riches, aux financiers,aux politiques qui prônent la croissance…mais critiquer les comportements suivistes de la population. Sortons de nos schémas mythologisés du bon peuple etc. pour nous adresser à tous ceux qui sont aveugles ou sourds. Dans le couple énergie/croissance, le consommateur par un comportement citoyen conscient peut peser naturellement et relativement efficacement sur l’évolution actuelle sans remettre la démocratie en cause.
    François Roos

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    1. Bien sûr que le peuple – en régime « démocratique » tel la France – détient une part de responsabilité. Il existe des candidats qui sont favorables à une réduction de notre empreinte écologique pour maintenir la planète vivable sur le long terme (2-3 générations serait déjà pas mal). Mais il est comme la grenouille dans la bassine en train de chauffer tranquillement et qui épuise sa capacité de réaction. Il faudrait peut-être une véritable catastrophe écologique ou deux pour qu’il en sorte avant qu’il ne soit trop tard. Une 3e guerre mondiale sur fond de crise écologique déboucherait-elle sur un CNR écologique en France, un New Deal écologique aux USA, une glasnost et une pérestroika écologique en Russie, … ? Si tant est que cette 3e guerre ne débouche sur un fatal hiver nucléaire !

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  4. Merci pour ce constat, maintenant je crois partagé.
    Et merci aux commentaires, qui apportent quelques éléments supplémentaires de réflexion à une conclusion qui en appelle à  » un nouveau paradigme du progrès ».
    Je ne sais pas si, même en précisant cela par les voeux des  » ingrédients « , comme éducation populaire, entrainement à la résilience, adaptation à la sobriété heureuse, économie coopérative… toutes choses souhaitables par ailleurs, suffira pour résoudre  » la crise ».

    Je me demande, c’est le mot de  » complexité  » qui m’y a incité, si nous ne sommes pas déjà entrés dans le cycle de Cassandre (Robert Tainter), que vous m’avez fait découvrir et je vous en remercie.

    C’est à dire si, faute d’avoir su faire évoluer notre pensée de telle façon que cela nous aurait permis de disposer d’outils aptes à gérer la complexité du système (par la production de concepts, d’éducation, de structures de décision et d’action adaptées), nous ne sommes pas dépassés par le système.

    Pire, je me demande si nous ne retombons pas dans des schémas de pensée qui furent déjà combattus (parce qu’ils les tenaient pour obsolètes, ou disons au moins  » à dépasser ») par les philosophes, disons en gros  » des Lumières ».

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    1. La dernière phrase m’interpelle.
      Pour moi, la philosophie des lumières est associée à celle du Progrès. Or ne faut il pas reconsidérer maintenant cette imaginaire du progrès qui à mon avis, conduit à celui d’une croissance infinie?

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  5. La relation forte entre PIB et consommation énergétique est ici largement développée et argumentée. Néanmoins, cette relation forte n’est elle pas la simple conséquence du modèle de développement économique néo libéral ? Ce modèle est très probablement condamné ne serait-ce que par la raréfaction de toutes les ressources de stock qu’il a déjà trop largement surexploitées. Si ce modèle s’effondre, on peut en déduire que la relation forte entre PIB et consommation énergétique ne sera sans doute plus vérifiée. On peut également présumer que les innovations technologiques deviendront rares dans la mesure ou celles-ci s’appuient presque toujours sur l’utilisation d’une énergie ou d’une ressource qui n’existera presque plus. La seule énergie encore disponible sera donc humaine, ce qui implique la nécessité absolue d’alimenter les hommes avant toute chose. Ce qui implique non pas le retour à la bougie (énergétique) mais le retour à l’effort (musculaire). Toute activité nécessitant beaucoup d’énergie ne sera plus viable. Ceci implique entre autres une re localisation (moins de transports énergivores) mais aussi une re diversification des activités humaines (plus d’adaptation de chacun à des taches variées).

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  6. En réalité le problème est très mal posé par presque tous le monde. En effet quel importance que le PIB monte ou descende ? Ce qui est fondamental n’est-il pas que les populations actuelles et futures soient plus heureuses de manière durable ? Or le PIB est un très mauvais indicateur de bien-être. En tout cas au-dessus d’un seuil permettant la satisfaction des besoins « naturels ». Au delà de ce seuil le gain de bonheur devient marginal au fur et à mesure que l’on s’en éloigne (c’est pourquoi un impôts à 99% au dellà de X millions d’euros n’est pas un problème moral).

    Or donc la question n’est pas celle de la croissance ou de la décroissance du PIB.

    La bonne question est en réalité celle de la décroissance d’une dette dont on parle peu mais qui, à la différence des dettes monétaires publiques ou même privées, ne pourra pas être effacée : il s’agit de la dette écologique. La nature ne négocie pas !
    La question est donc, puisque notre empreinte écologique mondial, européenne et française constitue désormais une dette envers les générations futures (mais en fait désormais déjà présentes depuis le temps que l’on parle de générations futures), à quelle rythme soutenable pouvons-nous la faire décroitre ? Il faut en fait changer de boussole. Quand un bateau à une voie d’eau, peu importe de savoir si il faut ralentir l’allure ou l’accélerer. La question est comment reboucher le trou et à quel rythme !
    Pour la France, il faut réduire notre empreinte écologique de moitié. En gros, à quel vitesse est-il préférable de rembourser ce « prêt » de la nature. Sachant que, comme pour toute prêt, plus on tarde le rythme de remboursement, plus l’on paye d’intérêts. Et si l’on ne commence même pas à rembourser, on peut même se trouver en état de surendettement. Et là , c’est le cercle vicieux dont il devient impossible de sortir. L’avons-nous entamé ? Peut-être peut-être pas. dans le doute attelons-nous à la tâche avant d’avoir la certitude que oui.

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    1. Christophe, l’empreinte écologique est également fortement corrélée au PIB. Pour son l’aspect CO2, i faut juste introduire l’intensité carbone de l’énergie dans l’équation, et c’est un parametre qui ne varie que très lentement comme je l’explique en [1]. Le livre de Tim Jackson « Prospérité sans Croissance » part justement de ce couplage entre CO2/Energie pour proposer d’autre voies.
      Donc la question de la décroissance de l’empreinte écologique est équivalente à celle du PIB, et il importe que celui ci baisse ci on veut réduire celle là.

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  7. Bonjour,

    Merci pour cet article. Une piqure de rappel fait toujours du bien. Il semble que le diagnostic repose principalement sur l’équation de Kaya modifié par JM Jancovici. Je suis assez convaincu par son raisonnement en ordre de grandeur mais je voudrait en savoir plus sur la validité exacte de cette équation. A t-elle été publiée quelque part (je veux dire dans un journal « peer-reviewed »)?

    Merci

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  8. Un document qu’il me semblerait pertinent d’ajouter à la bibliographie : « Perfect Strom : energy, finance and the end of growth », Dr Tim Morgan, January 2013.

    Cliquer pour accéder à Perfect-Storm-LR.pdf

    D’autre part, si «l’extraction et le traitement des métaux consomment déjà entre 8 et 10 % de l’énergie primaire mondiale», il faut bien s’attendre à ce que ce pourcentage augmente en raison de la raréfaction de certains minerais et métaux essentiels à notre chaîne de production-consommation-recyclage-enfouissement : zinc, cadmium, argent, or… cuivre, etc. Le cuivre devrait ainsi connaître son pic aux environs de 2042 selon :

    Bardi, U., Pagani, M., ASPO-Italy and Dipartimento di Chemica dell’Università di Firenze, « Peak Minerals ». Document traduit et affiché le 15 octobre 2007 sur le site web The Oil Drum: Europe.

    http://www.theoildrum.com/node/3086

    De plus, l’augmentation des risques d’événements météorologiques extrêmes – et autres bouleversements climatiques – aura bien quelques impacts sur « la productivité » globale de l’économie mondiale… Mais c’est là, peut-être, une toute que celle présentée ici. 😉

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  9. Bonjour et merci pour cet excellent article.
    Je voudrais réagir juste sur un point. La figure 2 sur l’Eroi place la filière nucléaire juste au dessus du « minimum required for civilization » et toujours d’après ce même graphe, elle est la seule source d’énergie non fossile à ce niveau . Par conséquent, n’est ce pas le nucléaire notre meilleur chance de maintien d’une activité industriel et d’un semblant de société développée pour l’après pétrole. Le sujet est hautement polémique. Cette voie ne va pas faire l’unanimité mais elle est peut être une chance pour notre pays. Tous les risques liés aux nucléaires ne vont-ils pas devenir de plus en plus acceptables aux vus des changements immenses en vu. Personnellement, je n’ai pas d’avis tranché sur le nucléaire mais ça me semble être une voie possible pour faire face à la fin de l’ère pétrole. Qu’en pensez vous?

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    1. Bonjour,

      On ne sait pas faire de nucléaire sans pétrole. 250 tonnes de combustible entreposé dans une piscine branlante à Fukushima menace la moitié nord du Japon! Comment imaginez-vous que nos descendants ou nous même traitions
      UN SEUL incident de ce genre sans les moyens que nous laisse encore notre société carbonée!?… Le nucléaire, cette façon la plus dangereuse de produire de l’eau chaude est vraiment le cadeau le plus empoisonné qu’on peut laisser aux générations futures…

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